XV de France: Nul, comme la tournée

Dans une France où la société est plus que jamais divisée, il faut au moins reconnaître cette vertu au XV de France : il met tout le monde d’accord.

Après avoir encaissé trois revers d’affilés dans une tournée où les ambitions fixaient la barre à trois victoires, l’on attendait le XV de France au tournant dans un match où la défaite, inenvisageable, augurait un réel sursaut d’orgueil. En vain. Au lendemain d’une tournée d’automne catastrophique, elles sont loin les défaites encourageantes ; place désormais aux défaites consternantes et aux nuls affligeants.

Le contexte

Tout pourtant, était réuni pour espérer passer une soirée lumineuse. A la Défense, la U Arena, ce nouveau joyau multimodal qui deviendra l’antre du Racing 92, ouvrait pour la première fois ses portes à un match de rugby. Après les Stones puis le motocross de Paris, cette affiche opposant la France au Japon promettait dès lors des débuts victorieux pour le ballon ovale.

Certes, l’ambiance maussade affichée par les supporters dès l’annonce des compositions d’équipes reflétait les trois premières prestations ratées de nos Bleus, mais dans ce décor de jeu vidéo quasi futuriste, nombreux sont ceux qui pensaient que le stade fermé allait vite se réchauffer. D’autant plus que les nombreuses attentes de changement ont été rassasiées depuis le début de ce mois de novembre. Pour terminer, nos héros malheureux de ce mémorable mardi soir, les Lacroix, Chavancy, Spedding ou encore Trinh Duc sont titulaires.

Bref, dans cette salle de spectacle à la pelouse synthétique et son écran géant aux angles de caméras pour certains novateurs, les 25 000 supporters présents hier (pour une capacité de 32 000) avaient de fait toutes les conditions réunies pour se réveiller.

Un spectacle inattendu

Mais, après une Marseillaise même pas en rythme avec l’orchestre, dès le début du match, les supporters français dans l’ombre, assistent à un spectacle dans la lumière… des Japonais. Du rythme, de la pression ; en trois minutes, Spedding, mis en difficulté par une passe de Thomas, se retrouve plaqué dans son en-but. Ce n’est que le début, l’on s’y attendait un peu à ces quelques premières minutes fébriles qui laisseraient la place à une maîtrise peu à peu acquise qui aboutirait à une domination logique sur les Nippons, adversaire qui historiquement nous a toujours réussi.

Ce n’est que le début.

Arrive alors un match surprenant, où des Japonais pourtant en reconstruction, prennent le dessus sur des Français inexistants qui louperont en moyenne dans ce match 1 plaquage sur 4, statistique irréelle au niveau international pour une Nation du Top 10. De l’envie, du rythme, les Cherry Blossoms jouent tous les ballons et Thomas se retrouve vite débordé sur son aile. L’ardeur de Chavancy en défense ne suffira pas, dès la 24ème minute sur un essai de Horie, les Nippons reprennent le dessus et ébauchent un scénario auquel on était loin de s’attendre.

En face, le XV de France est apathique, propose quelques offensives trop brouillonnes pour être récompensées. Une passe trop tardive, une autre en-avant, le XV de France est si près… mais reste si loin. L’essai de Slimani à la sirène permettra de souffler un moment et de rentrer aux vestiaires avec néanmoins ce goût d’amertume qui ne nous quitte plus. Une mi-temps inachevée, à l’image de cette Ola lancée par les supporters… ce stade est en forme de U.

Paradoxe de la situation, ce match n’est pas désagréable. En témoignera cette belle passe au pied de Trinh-Duc qui servira parfaitement Lacroix pour son troisième essai sous le maillot bleu. Mais si le spectacle est assuré, c’est en grande partie grâce aux Japonais, qui dès l’entame de la seconde période reprendront les devants ; ils inscriront durant ce match trois essais, soit un de plus que le XV de France.

C’est la mi-temps de trop. Face aux offensives japonaises, les coqs s’endormiront pour de bon, laissant à leur adversaire plus ambitieux et pragmatique toutes les chances de courir après le score. Jusqu’à égaliser à la 73ème, par un essai de Valu qui heureusement, ne sera pas transformé.
L’on remerciera d’ailleurs la maladresse du buteur japonais qui laissera quelques points en route, permettant au Bleus de ne pas subir l’humiliation d’une nouvelle défaite.

Mais ce cinglant match nul 23-23 sonne comme tel. En témoigneront les mots du capitaine, Guilhem Guirado, ou encore la déception d’Henry Chavancy qui auront été les plus méritants dans ce bouillon d’incertitude et d’affliction.

Douché, les supporters français qui durant le match se consolait par des lancers d’avions en papiers verront des joueurs Japonais venir saluer leur public. Les Bleus, quant à eux, sont rentrés aux vestiaires. Accompagnés de cette crise qui décidément ne les quitte plus.

 

Et maintenant ?

A deux ans du Mondial… au Japon, ce XV de France qui durant le mois de novembre n’a affiché aucune progression, n’a plus aucune certitude et est confronté à l’une des crises les plus inquiétantes de son histoire.
Guy Novès et son staff misait pourtant sur un renouveau ambitieux basé sur l’expression d’une jeunesse talentueuse qui régale en championnat. Mais la mayonnaise n’a pas pris.

A l’issue du match, alors que le sélectionneur s’inquiétait sur le contenu trop pauvre de cette équipe de France, de nombreuses questions venaient s’ajouter à la montagne de tracasseries provoquées par cette tournée, l’une des plus catastrophiques de la décennie. A quelques mois du VI Nations et à deux ans de la Coupe du Monde, alors que les Anglais à leur apogée ne cessent de grimper et que le voisin Irlandais s’affirme et dessine ses ambitions, le XV de France lui, ne sait plus où il va. En chute libre dans le classement international, l’équipe de France est désormais reléguée dans la catégorie inférieure et ne peut plus prétendre à rien du tout.

Dans la poule de l’Angleterre et de l’Argentine en 2019, cette équipe qui bataille pour ne pas s’incliner devant une formation du Japon qui se refonde ne sait plus où mettre les pieds et n’a plus beaucoup de temps pour se reconstruire au-dessus de fondations qui ont aujourd’hui presque toutes disparues.

Quels seront les choix du staff tricolore au lendemain d’un sombre mois de novembre ? A l’image des Anglais, les Français pourront-ils repartir de zéro à force de mesures radicales ? Retrouvera-t-on un jour ce French Flair qui a écrit les plus belles pages de notre Nation de rugby ?

Aujourd’hui, le XV de France nous a seulement montré qu’il était possible de tomber encore plus bas.

P.M.

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Crédit Photo: Icon Sport

El Catala

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