Yannick Nyanga : « A Toulouse, je suis devenu un homme »

Après dix ans au Stade Toulousain, Yannick Nyanga a décidé de tenter une nouvelle aventure dans un autre club. Il revient pour nous sur cette partie de sa vie en Rouge et Noir.

« Vous avez passé dix ans au Stade Toulousain et vous y avez tout gagné (Coupe d’Europe en 2010 et Championnat de France en 2008, 2011 et 2012). Comment prend on la décision de partir ?
On prend la décision en faisant le bilan. On voit ce qu’il y a eu de bien, de moins bien. On regarde les perspectives qui s’offrent, même si je ne peux pas en parler actuellement (contractuellement, il n’a pas le droit de communiquer sur son nouveau club). J’ai pensé que c’était le bon moment pour partir en laissant une bonne image de moi à ce club qui m’a tant apporté. Et je gardais aussi une bonne image du club. J’ai signé trois contrats avec Toulouse. La première fois, j’arrivais dans le club dont j’avais toujours rêvé. Au moment de ma première prolongation, je n’avais pas de titre alors que j’étais venu pour en gagner. J’estimais que j’avais encore beaucoup à faire avec Toulouse. Pour ma dernière prolongation, je sortais d’une grave blessure et je n’avais pas beaucoup participé aux titres. Je voulais apporter ma pierre. Et surtout, le club avait été super avec moi au moment de ma blessure. Tout le monde avait fait que je revienne dans les meilleures conditions possibles. A mon retour, c’était évident pour moi que ce n’était pas pour aller briller ailleurs. Aujourd’hui, j’arrive à la fin de mon contrat et j’estime que j’ai donné tout ce que je pouvais à ce club. Je peux commencer une nouvelle aventure.
«On ne la fait pas à l’envers à Guy Novès»
1er août 2005. Premier entraînement aux Sept-Deniers. Que ressentiez-vous à l’époque ?
J’avais commencé plus tard que le reste de l’équipe parce que je revenais de la tournée en Afrique du Sud avec les autres internationaux. Je me rappelle qu’on avait attaqué par une grosse séance de physique sous le soleil (rires). C’est un bon souvenir… J’avais la chance de connaître déjà quelques joueurs. J’avais connu Frédéric Michalak en équipe de France. J’avais fait toutes les sélections U21 avec Grégory Lamboley. Romain Millo-Chluski et Benoît Baby avaient mon âge. Et il y a toujours eu une volonté au Stade Toulousain la volonté de bien intégrer ses nouveaux joueurs. Le club est très structuré mais aussi très familial.

Vous n’avez connu qu’un seul manager pendant dix ans, Guy Novès. Est-ce que les rapports ont toujours été simples avec lui ?
Toujours simples, non (rires). Mais c’est un manager qui cherche toujours à obtenir le meilleur des joueurs. Il n’est satisfait que lorsqu’il l’obtient, et encore… Mais il n’est pas là pour être gentil. Son rôle est de placer le club au plus haut niveau. Il est dur, mais il arrive à tirer la quintessence de tous ceux qui sont en face de lui. Et il te fait progresser. Tu ne peux pas la faire à l’envers à Guy Novès (rires). Il sait où il veut aller et si tu veux faire partie de l’aventure, il faut donner le meilleur de toi-même et surtout ne pas chercher d’excuses. Son palmarès parle pour lui et très peu d’entraîneurs en France peuvent lui expliquer comment gagner le Championnat. Il m’a beaucoup fait progresser. Mais le domaine où il te fait vraiment devenir meilleur, c’est le mental. Tous les joueurs sont d’accord là-dessus. Aujourd’hui on parle beaucoup de lui pour l’équipe de France. Je trouve qu’il en a largement la légitimité.

Yannick Nyanga

Quel est le joueur toulousain qui vous a le plus marqué durant ces dix ans ?
Sur le plan du rugby, je dirais Pato Albacete. C’est quelqu’un de terriblement exigeant envers lui-même. Il en demande toujours plus à l’entraînement. Travailler avec lui te fait obligatoirement progresser. Quand je le vois, je me demande s’ils n’ont pas un accord secret avec Guy Novès. Parce que demander à Pato d’en faire plus, je ne sais pas comment c’est possible. En tout cas, il est exemplaire. Mais il y en a tellement d’autres qui mériteraient d’être cités. Humainement, j’ai tissé des liens très forts avec Frédéric Michalak. Il a été le premier à me prendre sous son aile quand je suis arrivé et notre amitié dépasse largement le cadre du rugby. Mais c’est difficile d’isoler un seul joueur… Il y a eu aussi Yves Donguy, Florian Fritz, Thierry Dussautoir, Jean-Marc Doussain, Vincent Clerc… Je pourrais tous les citer…

Est-il possible d’extraire un meilleur souvenir de ces dix ans ?
C’est difficile tellement il y en a. Tout le monde va penser aux titres et c’est vrai que chacun est un superbe souvenir. Mais ce que je retiens surtout, c’est le plaisir que nous avions à nous retrouver. A nous retrouver pour nous entraîner, pour jouer. Et le plaisir à nous retrouver après les matches. Longtemps le club organisait des repas après les matches. Ce n’était pas obligatoire, mais il y avait peu d’absents.

Fréderic michalak
Fréderic michalak

C’était une famille le Stade Toulousain ?
Oui, pas mal. Le plaisir qu’on avait à se retrouver, quelle que soit l’occasion, c’était quelque chose. Et ça restera en moi. Maintenant, c’est aux jeunes de perpétuer la tradition. Ils doivent reprendre le flambeau.

Il y a forcément aussi eu de mauvais moments durant ces dix années.
Il y a eu ma blessure au genou… C’est le pire souvenir sur le moment, mais avec le recul ça m’a fait progresser. Ce fut un électrochoc qui m’a fait réaliser à quel point je ne voulais pas perdre le rugby. Il y a aussi eu le fait de ne pas disputer la demi-finale contre Castres à Toulouse, en 2012, alors que j’étais en pleine forme… Cela a été compliqué à gérer, oui. Mais il y a tellement eu de bons moments que cela ne compte pas beaucoup. Quand je partirai, il n’y aura que de bonnes choses dans ma valise. Et je veux remercier tous ceux qui ont participé à rendre cette aventure inoubliable. J’avais 21 quand je suis arrivé à Toulouse. A 21 ans, tu ne sais rien de la vie. A Toulouse, je suis devenu un homme. J’ai reçu beaucoup d’amour et je ne l’oublierai jamais. »

Donnez votre avis sur cette information plus bas en commentaire ! Echangez avec la communauté !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *