Scott Spedding « Je présente mes excuses aux Bayonnais »

« J’ai le sentiment que mes trois années à Bayonne sont un échec », déclare Scott Spedding, meurtri par la descente d’un club qu’il « adore ».

Rendez-vous était pris à 11 heures, hier, au Golf du Makila à Bassussarry. Avant d’être décalé à l’après-midi. À portée de drops de son domicile, Scott Spedding a choisi « Sud Ouest » pour faire ses adieux aux supporters de l’Aviron. L’arrière de 29 ans, en partance pour Clermont, était encore sous le coup de la relégation en Pro D2. Le cœur en berne, il ne parvenait pas à tirer du positif de ses trois années bayonnaises qui lui ont pourtant fait franchir un énorme cap et découvrir l’équipe de France. Des larmes ont coulé dans son café.

« Sud Ouest ». Comment allez-vous depuis samedi ?

Scott Spedding. C’est compliqué… Samedi, je suis rentré directement chez moi après le match. J’ai eu du mal à trouver le sommeil les nuits dernières. Je réfléchis beaucoup à ce que va devenir ce club. Ça fait vraiment mal de finir ainsi. Ce n’est pas comme ça que cela aurait dû finir… (Il s’arrête, ému).

Que vous a-t-il manqué ?

Franchement, c’est très facile de trouver des excuses maintenant. C’est trop tard. Personne n’a triché. Les joueurs peuvent partir la tête haute. Les supporters aussi. Ils ont tout donné. Le stade était rempli au dernier match alors qu’on était treizième. Je ne vais pas pointer du doigt qui que ce soit. Chacun doit se remettre en question. Et moi, je prends ma part de responsabilité aussi. Après autant d’efforts, autant d’énergie dépensée… (Il s’arrête à nouveau, gorge nouée).

Y a-t-il un moment où vous avez raté le coche ?

Il y en a plein ! On peut citer des matchs qu’on aurait dû gagner, mais il y en a aussi qu’on aurait pu perdre. C’est trop facile de refaire l’histoire maintenant. Sur une saison de onze mois, on est là où on mérite d’être. Au nombre de victoires, on est treizième donc…

À quelle hauteur le remue-ménage de la fusion avec Biarritz vous a-t-il perturbé ?

Il faut être honnête : ça nous a perturbés. Peut-être moi moins, car j’avais déjà signé à Clermont. Mais j’avais des amis inquiets pour leur avenir. On a beau se concentrer sur le terrain, on n’est pas des machines. Il y a des familles, des enfants qui ne savent pas ce qui se passera dans deux mois. Après, on ne va pas se cacher derrière cette excuse. Cet incident s’est produit à trois journées de la fin. C’était déjà tard dans la saison et on était déjà en difficulté.

Maintenant, ça fait trois ans que je suis à Bayonne et force est de constater qu’il y a toujours des problèmes à côté. On ne peut pas simplement se concentrer sur le rugby ici. Ça fait mal parce qu’il y a des gens qui adorent le rugby mais dans ce club, c’est beaucoup plus que cela. C’est de la politique. Je souhaite que l’Aviron trouve de la stabilité à l’avenir, que seul le rugby soit au centre de l’attention.

Avez-vous un avis personnel sur ce projet d’équipe basque ?

Je suis un simple joueur qui veut rester à sa place. Je ne suis pas dans la politique ou les finances des deux clubs. J’en entends parler depuis mon arrivée. Je comprends tout le monde. Il y a des supporters, parents, grands-parents qui viennent au stade depuis des générations, qui souffraient samedi. Ce n’est pas moi, ici depuis trois ans, qui vais dire qu’il faut tout effacer. Mais je comprends aussi ceux qui disent qu’il faut évoluer. Le Pays basque a aussi besoin de voir des idoles.

Quels souvenirs garderez-vous de vos trois années bayonnaises ?

(Il souffle) J’ai passé un cap dans ma vie comme sur le terrain. Je suis devenu international, je suis dans le groupe France amené à préparer la Coupe du monde. Beaucoup de choses ont changé pour moi. Mais… Après ce week-end… (Il fond en larmes). J’ai le sentiment que ces trois ans sont un échec. Ça fait mal. Je laisse un club… (Il s’arrête)

À titre personnel, il y a forcément du positif…

J’ai joué pour un club que j’adore. Je me suis fait des amis, et pas qu’au rugby. Ma vie ici m’a plu. J’ai eu le privilège de jouer avec Joe (Rokocoko), un super mec. Mais j’ai ce sentiment d’échec qui efface le reste en ce moment (Il s’arrête à nouveau). Peut-être qu’avec le temps, je verrai du positif mais en ce moment, il n’y a que de la douleur.

Quand vous êtes arrivé, Bayonne visait l’Europe. Pourquoi la mayonnaise n’a jamais pris ?

Je ne sais pas si c’est mon rôle de parler de ça mais si ça peut aider mes amis qui restent… À Bayonne, le projet change tout le temps. À chaque fois que ça ne marche pas, on change. On change là-haut (NDLR : les dirigeants), on change les entraîneurs, on change les joueurs. Il faut du temps. Il n’y a pas de miracle dans ce championnat. Regardez Bordeaux ! Ce club va y arriver, dans la stabilité. Toulouse, pareil. On parlait de catastrophe en début de saison et finalement, le club y arrive en restant fidèle à son projet. À Bayonne, on ne donne pas assez de temps.

À la rentrée, vous jouerez à Clermont. Pourquoi ne pas être allé à Montpellier, où vous aviez initialement signé ?

En début de saison, je n’étais pas international. Je voulais jouer dans un club qui participe à la HCup pour avoir plus de chances. Fabien Galthié souhaitait racheter mon contrat depuis l’année dernière. J’ai signé et pas longtemps après, les choses ont changé. Il a été écarté. Montpellier n’était plus sûr de jouer la Coupe d’Europe… et il ne la jouera d’ailleurs pas. J’ai 29 ans et il me reste quatre belles années. Je veux la disputer. Clermont était mon premier choix en début de saison, mais le club n’était pas intéressé. Il s’est ensuite manifesté et a racheté mon contrat.

Vous allez découvrir la concurrence avec Abendanon, meilleur joueur européen ?

Ça me motive. C’est le meilleur numéro 15 en France en ce moment. A Clermont, tout le monde a sa chance. J’aurai la mienne. Et s’il est meilleur, il jouera. J’ai échangé avec lui par texto. Notre concurrence sera saine. C’est un mec très gentil.

Connaissez-vous d’autres futurs équipiers ?

Tous ceux de l’équipe de France. J’étais en chambre avec Benjamin Kayser. Il m’a parlé de ce club très structuré, sans vague. Ça va me changer (rire). C’est un club qui me ressemble. C’est un beau challenge pour moi après sept ans à jouer le maintien.

Quel est votre programme pour ces prochains jours ?

Je vais couper un peu avec le rugby et partir dans quelques jours pour trois semaines en Afrique du Sud où je vais revoir ma famille. Le 23 juin, je serai à Marcoussis. Je vais utiliser ma douleur du moment comme motivation. Si je joue la Coupe du monde, j’ai envie de rendre les Bayonnais fiers de moi. C’est grâce à ce club si j’en suis là. Grâce à ces supporters qui m’ont défendu quand j’ai été sélectionné en équipe de France alors que des personnes contestaient ce choix. Ce sera gravé à vie en moi. J’ai envie de leur dire merci, et je leur présente mes excuses pour la descente. Je veux qu’ils aient quelqu’un à supporter pendant cette Coupe du monde, et la jouer pour eux.

Source : Sud Ouest

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