Pourquoi Foot et rugby se font toujours face ?

Pourquoi Foot et rugby se font toujours face ?

Suite à l’incident lors de Pau – Montpellier, beaucoup de personnes ont suscité l’interêt à commenter ce geste. Un geste qui n’est forcément pas accepté par la communauté rugbystique et par toutes les autres. D’autres ont aussi facilement comparé les supporters au foot et au rugby. Nous allons donc étudier ce phénomène qui n’est pas isolé.

LES COMMENTAIRES SUR LES RESAUX SOCIAUX

« Faut arrêter de comparer l’esprit rugby à l’esprit foot. Je fais du foot et j’aime autant le rugby que le ballon rond. C’est pas pour autant que je suis au niveau de ce mec. Ce type est un *******, point, pas besoin de le comparer à un esprit foot »

« Pourquoi confondre un esprit raciste et un esprit football ? Ce mec est surement raciste et la plupart des supporters de football ne le sont pas. Dommage que vous mélangiez des abrutis avec des personnes passionnés d’un sport»

Les commentaires montrent que certains s’interrogent sur la question que nous allons étudier. Nous allons voir un côté humour de la question pour commencer doucement, c’est Alexandre pedro qui avait donné sa vision «Juin 2010, esplanade du Stade de France, une finale de Coupe d’Europe 100% française, un vainqueur (le Stade Toulousain), un perdant (Biarritz pour la 2e fois en cinq ans). Une heure après, les vaincus et leurs bourreaux se confondent déjà dans un mélange de bière coupée à l’eau, de frites trop grasses et d’un pakito improvisé sur une dalle de béton. La défaite est déjà oubliée et digérée. On ne va quand même pas se gâcher le week-end pour une passe ratée de Damien Traille. La convivialité l’emporte toujours. La convivialité, cette première des valeurs d’un sport qui en a revendre et à en marketer. De ces moments de partage et de confraternité, le rugby tire sa supériorité morale sur ce demi-frère un peu mongolo, incapable de bien se tenir et où on se met sur la gueule pour un motif aussi dérisoire dans le fond que le résultat d’un match.

Oui, le footeux a des mauvaises manières. Il met ses doigts dans le nez, pose son coude sur la table quand il ne le met pas carrément dans la gueule d’un type qui a le tort de porter un maillot d’une autre couleur. Mais « le manchot » a une excuse. Chez lui, son sport n’est pas une question de vie ou de mort. C’est bien plus que cela pour pomper encore une fois Bill Shankly. Le foot mange votre esprit, provoque des abysses de tristesse, met en danger votre couple et gâche vos week-ends. Le football est une maîtresse exigeante, une maîtresse qui demande une attention de tous les instants. « Je pense à l’Hellas tout le temps », avoue le voisin de Tim Parks dans Une saison à Vérone, plongée recommandée dans la psyché tourmentée des différents acteurs d’un club (joueurs, dirigeants, supporters).

 

Avec sa troisième mi-temps, ses voyages organisés à Cardiff ou Dublin, le rugby tient, lui, du prétexte. Prétexte à un gueuleton, prétexte pour « monter sur Paris », prétexte pour vider ses tripes rue Princesse, prétexte à discuter affaires, prétexte pour « se retrouver avec les copains ». Rien n’est jamais grave au pays de l’ovalie. Un arbitre sud-africain vous vole une Coupe du monde ? C’est dur, mais les All-Blacks jouent chez eux, et puis une parade est déjà prévue pour le lendemain. Votre pilier droit a de la cocaïne dans son urine ? Peter a fauté, mais il traverse une sale passe et cela ne sert à rien de l’enfoncer. Votre sélectionneur est un affairiste ? Bernard a eu deux, trois placements hasardeux, mais c’est Bernard, tout va parfois un peu trop vite dans sa tête. En revanche, évitez de parler de sodomie. Surtout si elle est arbitrale. Toujours bien se tenir, ne pas sortir du cadre, tu n’as pas encore compris Mourad ? Le gentleman peut toujours donner la leçon au voyou, il sait très bien qu’il est condamné à la comparaison avec lui. Le footballeur est à la fois son enfer et son paradis du rugbyman. Il rêve de sa célébrité et de sa fiche de paye, mais sans la jalousie et les critiques qui vont avec.

Et puis, on parle d’un sport qui veut bannir l’imprévu. Un sport où le vainqueur doit toujours l’emporter à la fin, un sport qui ne jure que par la loi du plus fort et, pire encore, par la vidéo. Le foot, lui, laisse toujours la porte ouverte aux petits malins, aux imposteurs de talent et aux cocus de tous bords. Il est injuste, frustrant et un peu malhonnête aussi. Et c’est un peu pour ça qu’on l’aime d’amour. »

 

Une analyse pas totalement fausse, pas tout à fait vraie aussi. Continuons donc, et plus sérieusement, pourquoi toujours comparer le foot au rugby ?

Rappelez vous, en 2011 la coupe du monde de rugby est lancée. En terres néo-zélandaises, elle va donner à l’Ovalie une exposition médiatique exceptionnelle, susciter curiosité et enthousiasme, espoirs et déceptions, commentaires et analyses. Elle va aussi produire des dommages collatéraux, à l’image des sempiternelles comparaisons avec le football. Il y a probablement une logique historique à ce penchant, résultant de la rivalité assez naturelle entre les deux disciplines collectives les plus anciennes et les plus enracinées en France. Des raisons culturelles aussi, tant elles s’incarnent dans leurs différences respectives, nées d’un schisme qui fut aussi fondateur pour l’une que pour l’autre.

Ce sont pourtant des raisons très contemporaines qui alimentent les plus vaines des controverses cherchant à tout prix à les opposer, des raisons qui tiennent moins au rugby qu’à l’image actuelle du football, devenu une sorte de repoussoir universel après la phase d’idéalisation excessive ayant suivi le Mondial 1998. Le rugby ne peut d’ailleurs se prévaloir d’aucune exclusive: dans la foulée de la désespérante Coupe du monde 2010 des Bleus, l’athlétisme, la natation puis le handball français ont été célébrés moins pour leurs propres vertus qu’en tant que contre-exemples, avec une emphase ridicule et un sens de la caricature qui n’a pas forcément servi leur cause. Dernier prétexte en date pour ce comparatisme obsessionnel: l’engouement (très légitime par ailleurs) pour… le football féminin.

Ovale masqué

Au-delà de cet exemple parodique, on remarque qu’opposer le rugby au football revient la plupart du temps à mobiliser les clichés sur le premier: ses « valeurs », son terroir, ses troisièmes mi-temps… Ou à souligner, encore par contraste, l’absence du hooliganisme et surtout de l’argent-qui-pourrit-tout. Pourtant, de ce point de vue-là, le rugby s’est engagé résolument dans un professionnalisme sans complexe, imitant voire (plus rarement) dépassant le football. Inflation des salaires, émergence du mercenariat, arrivée d’investisseurs plus intéressés que passionnés, projet de nouveaux stades « modernes » (c’est-à-dire optimisés pour rentabiliser le supporter-consommateur), starification publicitaire de certains joueurs, etc.
Et que dire des shows organisés par le Stade français au Stade de France – un club qui a également usé du marketing et des coups médiatiques avec son calendrier des « Dieux du stade » et ses maillots bariolés ? Dans l’Hémisphère sud, les clubs du Super 15 n’ont pour leur part pas grand-chose à envier aux franchises des sports nord-américains. Côté vestiaires aussi, les deux mondes se rapprochent: préparation rationalisée, formatage des joueurs, discipline accrue, disparition du folklore…

XV + 11

Même si les différences deviennent moins flagrantes, certaines permettent de rappeler où les deux sports fondent en culture leurs distinctions: « universalisme » du ballon rond contre ancrage plus local voire régional de l’ovale, sécularisation populaire du football contre ritualisation du rugby, sport d’initiés ou, en France, développement historique dans les patronages contre appropriation dans les milieux laïcs, choix précoce du professionnalisme contre respect prolongé de l’amateurisme. Idem pour le jeu lui-même : simplicité des règles d’un côté, complexité de l’autre, rareté des buts versus abondance de points et des façons de les marquer, continuité du jeu vs succession de phases de jeu séparées.
Ce dernier point invite d’ailleurs à évoquer une autre forme de comparaison rituelle : les partisans de l’arbitrage vidéo invoquent systématiquement son application dans le rugby, la déclarant réussie (ce qui est très contesté par nombre de spécialistes) et surtout ignorant que si les interruptions de jeu sont consubstantielles au rugby, elles nuisent gravement au football [2]. Pour améliorer l’arbitrage footballistique, il vaudrait d’ailleurs infiniment mieux s’inspirer du respect des arbitres dans le XV, où les hurlements et les gesticulations des footballeurs sont inimaginables.
Regarder le football et le rugby au travers de leurs différences est un exercice fertile si l’on ne cherche pas à les opposer ou à établir telle ou telle supériorité de l’un sur l’autre. Le mieux sera encore, pour suivre cette Coupe du monde 2011, d’oublier complètement le foot (ses charmes comme ses turpitudes) et de se livrer sans arrière-pensées aux joies du ballon ovale.
Il est toujours étonnant de constater que les adeptes d’un autre sport que le football se sentent obligés de comparer leur loisir préféré avec le people’s game. Pire, cette analogie se borne en général à indiquer que le dit sport se base sur un corpus de valeurs que le football aurait perdu (solidarité, abnégation, respect des règles et de l’adversaire…).

Qu’est ce qui oppose football et rugby ? Il faut d’abord se pencher sur les origines historiques des deux sports, pas si éloignés l’un de l’autre.

DES ORIGINES HISTORIQUES LIEES

(tiré de L’histoire du football, de Paul Dietschy)

La préhistoire des jeux de balle révèle qu’ils sont pratiqués dans les Public Schools britanniques depuis la moitié du XVIIIe siècle : Eton, Rugby (l’école), Winchester, Harrow, Westminster, Charterhouse y pratiquent chacun une forme de « football ». L’un consiste à se passer le ballon, l’autre à jouer majoritairement au pied. 100 ans plus tard, en pleine Révolution Industrielle, le football fait parti intégrante de l’éducation de la upper middle class mais n’est encore pratiqué qu’au sein des établissements scolaires. Il faudra attendre 1858 est la fondation du Blackheath Club londonien pour voir cette pratique s’étendre en dehors des murs scolaires. Elle est le fruit d’une poignée de « Old boys » désireux de continuer la pratique du football après leurs études. Hors, les lois étant différentes d’un établissement à un autre, les clubs fraîchement créés doivent d’abord s’accorder sur les règles afin de s’affronter.

En 1863, les différents représentants des clubs fondent la Football Association. Chaque représentant va donc statuer sur l’élaboration de règles communes. Et c’est là que les choses se gâtent. Les dissensions portent essentiellement sur 2 points : le degré de violence autorisé et l’usage des mains.

Le 1er décembre de la même année, lors de la cinquième séance de travail collectif, on assiste à un véritable coup d’état en l’absence des représentation de l’école de Rugby : le jeu à la main et la violence à l’égard de l’adversaire sont proscrits. Officiellement cela freine le développement et la vitesse du jeu mais officieusement les membres de ces clubs étaient des hommes d’affaires, pour qui il était important de prendre soin de son apparence. La rupture est consommée une semaine plus tard entre les handlers et les dribblers. Le football et le rugby viennent de naître.

L’AMATEURISME COMME DISSENSION

Hormis un clivage lié à une conception du jeu différente, Rugby et Football vont s’opposer dans leur développement. Si le football évolue rapidement vers un amateurisme « marron » puis vers le professionnalisme, soutenu financièrement par les entreprises, la rugby league interdit toute rémunération des pratiquants de l’ovalie. Cela n’empêche bien évidemment pas sa popularisation mais pose quelques problèmes. Il faudra attendre 100 ans et le mois d’août 1995 pour voir le rugby accepté la professionnalisation de ses pratiquants.

LE RUGBY EST-IL PROPRE DE TOUS SOUPCONS ?

Depuis donc 15 ans, le rugby a rejoint le football dans le giron des sports professionnels. Souffre-t’il des mêmes maux ? A entendre la plupart des détracteurs du football pro-rugby, le sport à XV bénéficie d’avantages que le football a perdu :
Sur la question du respect des acteurs de ce sport : sur ce premier point, il me semble intéressant de s’attarder sur deux éléments : le premier est un problème d’échelle. Le rugby reste un sport « local ». Le football, de par son ubiquisme est indissociable des travers des sociétés dans lequel nous le retrouvons. Il est alors une vitrine plus favorable pour les groupes violents, racistes et xénophobes qui pour affirmer leur existence ont besoin d’une médiatisation importante que seul le foot peut leurs offrir. Le second point, c’est que des réflexions sociologiques sont engagés depuis des années sur le supportérisme du football, ce qui n’est pas le cas de ceux du rugby. Il est très difficile de connaître la composition sociologique des passionnés de ce sport quant le football reste avant tout collé à l’image d’un sport pratiqué et soutenus par les classes populaires.

Qui plus est, des tensions ne sont pas à exclure entre supporters adverses comme il y a quelques années entre Bayonne et Biarritz ou entre Bourgoin-Jallieu et Agen en 2005, où des rixtes éclatèrent entre les deux équipes et où les supporters, derrière les balustrades ne se génèrent pas pour y aller de leurs petites mandales.

Des cas isolés ? Oui, comme au football finalement. Les véritables actes de violence sur le football ne sont pas légion (voir notre article : Sortons la violence des stades ) mais surmédiatisés. L’arsenal repressif anti-supporters de la LOPPSI 2 découle d’un seul fait : les tensions entre les tribunes du Parc des Princes. Un fait divers, une loi. Ne perdons pas le rythme.

Sur la question des valeurs : Là aussi, l’on peut s’interroger sur la différence d’échelle entre les deux pratiques sportives. Comme nous le soulignons dans le récapitulatif historique ci-dessus, la professionnalisation du football est ancienne et a pu bénéficier d’un certain intérêt de ceux susceptibles d’aider au financement de son développement. Après 15 ans de professionnalisation, le rugby commence à montrer des signes de médiatisation qui n’ont pu rien à voir avec les valeurs défendus sur et en dehors du terrain, Sébastien Chabal est devenu une icône publicitaire avant d’être rugbyman, le Stade Français fait dans la communication ridicule, le RC Toulon a fait le choix d’un recrutement galactique que ne dénigrerait pas le Real Madrid…Autant d’exemples récents sur notre territoire qui relativise la sanctification des valeurs de l’ovalie.

Bien sûr, il serait faux de résumer ce sport à ces quelques écarts, comme il serait faux de réduire le football au simple Nicolas Anelka et à Knysna…

UNE POSTURE ELITISTE

Loin de moi l’idée de faire le procès du rugby et de son évolution, l’objet de cet article est la déconstruction de la critique comparative entre les deux sports de balle. Quel est donc l’intérêt d’un David Reyrat ? Aucun, sauf peut être de se conforter dans la conviction que le rugby, par le peu d’individus qu’il intéresse (au regard du football, bien sûr), par son manque de diversité sociale et ethnique et par sa volonté de se présenter comme un sport complexe, est une pratique réservée à une élite, inaccessible au commun des mortels.

Soit, libre à lui de penser que ses loisirs sont mieux que les nôtres, mais en se gargarisant de rejeter toute forme d’universalisme, cet individu piétine à mon sens les nobles valeurs qu’il pense que son sport met en avant. Un bel exercice intellectuel qui ne doit pas nous duper et qui invite à rester humble face à tant de mauvaise foi.

 

Nous avons donc essayer de répondre à cette question très dur à étudier. Et merci d’avoir lu cet article qui est assez (trop) volumineux, mais dur de raccourcir pour bien expliquer..

 

*Tous caractères injurieux ont été remplacés par des « ** »

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