Pour ou contre un Top 12 ?

C’est dans l’air depuis longtemps, la création d’un Top12 est présentée comme la solution ultime aux maux du rugby français. S’il est vrai que les avantages sont alléchants, certaines conséquences pourraient durablement déstabiliser le rugby professionnel.

Pour

Vers la fin des « doublons »

Véritable cancer du rugby Français, les doublons sont depuis longtemps pointés du doigt, sans que l’on puisse les résoudre. Jouer en semaine comme le suggère Mourad Boudjellal ? La LNR l ‘a tenté l’an dernier, et on peut dire que ce fut un échec total avec des matchs complètement « lâchés » pour survivre à ce train d’enfer. Moins de matchs pour les Bleus ? Impensable pour la fédération déjà un peu juste financièrement à cause des tarifs exorbitants du Stade De France. Passer à un Top12 équivaudrait à un gain de quatre week-ends. Pratique lorsque l’on sait que en 2014-2015 on comptera deux « vrais » doublons plus quelque « faux » doublons, c’est-à-dire le semaine durant lesquelles l’équipe de France fait ses stages de préparation. Là où la France a actuellement en moyenne 3 jours d’entraînements, on pourrait avoir des vraies semaines de préparation.

Plus aucun ventre mou

Même si on peut difficilement accuser le Top14 de manquer de suspense, un Top12 serait encore plus passionnant. En éliminant les deux équipes les plus faibles, on aurait des matchs explosifs partout. Plus de Mont-De-Marsan ou de Biarritz moribonds, que des équipes aux dents longues. Alors certes on aurait sans doute plus que quatre équipes qualifiées en phases finales, mais les 5ème et 6ème place garderont un certain pouvoir de séduction avec une qualification lucrative en Champions Cup. La 7ème place aura aussi son charme puisqu’elle offre une double confrontation contre la 7ème équipe anglaise, avec une qualification européenne en cas de victoire. Seules les 8ème, 9ème, 10ème et 11ème places ne « vaudront rien », même si on sait bien que le maintien est aussi savoureux qu’un titre.

Un seul relégable et donc théoriquement plus de jeu.

Le Top14 est le championnat professionnel avec le plus grand taux de relégation au monde. Chaque année deux clubs quitte l’élite pour la rude ProD2. Ce qui fait que l’on voit souvent, même très tôt dans la saison, des batailles féroces entre prétendant au maintien. On joue ces matchs là avec une épée de Damoclès au dessus de la tête, ce qui tend souvent à tuer le jeu. À l’inverse en Super 15 même les équipes en bas de classement n’hésitent pas à prendre des risques puisqu’elles ne risquent pas d’être reléguées.

Contre

Moins de matchs, donc moins de billetterie

C’est l’argument que l’on entend le moins du côté des partisans du Top14. En effet supprimer deux équipes revient à perdre la recette de deux matchs à domicile. Pour les ambitieux investisseurs dans le rugby c’est une perte non négligeable. Puis, pour les supporters cela veut dire moins de matchs au stade ou même devant son poste. Certains avancent que pour compenser on pourrait réduire les salaires, voir les effectifs.

Des pros sur le carreau

Deux équipes professionnelles en moins, cela veut dire quasiment 80 professionnels en moins, sans compter le fait qu’une réduction de match pourrait entrainer un amaigrissement des effectifs. Certains resteront en Top14, ou autre part dans la planète rugby, d’autre en ProD2, mais par effet domino cela implique que beaucoup se retrouveront au chômage.

Des équipes qui jouent peu

On parle souvent de l’enchaînement inhumain des matchs pour les internationaux, mais il ne faut oublier qu’ils ne représentent que la pointe visible de l’iceberg. En parallèle, de nombreux clubs se retrouvent en vacances mi Mai, avant les phases finales françaises, ainsi que les tournées estivales de l’équipe de France. Sans compter les nombreuses parenthèses internationales et les phases finales européennes. Parler du rythme démentiel du calendrier n’est donc pas une vérité universelle dans le rugby français. Passer à un Top12 aggraverait la situation avec des clubs en vacances pendant 3 mois. Les Anglais pour compenser on mis en place une coupe avec les Gallois pour « tuer le temps » tout en offrant à leur jeunes du temps de jeu et à leur public un beau spectacle.

Un championnat de capitales ?

C’est l’argument de masse pour les clubs en bas de tableau : la crainte d’avoir un championnat de grandes villes. Paris, Bordeaux, Lyon, Clermont-Ferrand, Toulon, Toulouse, Grenoble, Montpellier (qui font partie du Top25 des villes françaises les plus peuplées) comptent neuf clubs sur 14. Si on coupait la tête aux deux relégables aujourd’hui (Castres et Lyon) on aurait plus que Brive, Bayonne, Oyonnax et La Rochelle comme « petites villes » (moins de 150000 habitants intra-muros). Un peu léger.

Paul-Antoine LECLERCQ

Rédacteur Actu-Rugby.fr Passionné Rugby et journalisme. Actuellement en Terminale ES à Nîmes.

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