Pascal Papé : « j’appelle ma femme pour lui dire adieu »

La carrière de Pascal Papé n’est peut être pas uniquement celle que l’on a connu, et nous pourrons retrouver un livre dans nos libraires le 20 octobre, intitulé « Double jeu »…

Dans des propos recueillis par David Reyrat, journaliste au figaro, Pascal Papé nous fait découvrir sa vraie histoire, touchante… Bien loin du personnage que l’on connait sur les terrains.    « J’ai écrit pour me faire du bien. Pour raconter aux gens qui je suis vraiment. Mais aussi pour mes parents ‘adoptifs. Pour leur dire à quel point j’ai eu de la chance de tomber sur eux. A quel point cette histoire, finalement, est belle. Sans eux, je ne sais pas ce que je serais devenu si j’avais dû passer de famille d’accueil en famille d’accueil. On sait souvent comment ça finit. Surtout d’où je viens. Givors ce n’est pas joli on va dire… Je suis né trois fois dans ma vie. La première dans des conditions difficiles. La deuxième quand ma petite étoile a commencé à scintiller. Je suis arrivé chez mes parents à 7 mois. Avant, j’étais à la «SPA» (la DASS, ndlr). Ils viennent et ils choisissent. Et quand, à 18 ans, j’ai pu me faire adopter et porter le nom qui est le mien aujourd’hui. A grands coups d’épaule, de force de caractère, avec l’amour de mes parents et de mes sœurs, j’ai réussi à avoir une belle vie. Quoi qu’il m’arrive maintenant, mon histoire est belle. Et je ne la regrette pas du tout. Je remercie tous les jours la chance que j’ai eu que la cigogne me pose sur ce palier-là… »

Une adolescence très compliquée…

« C’était le cas jusqu’à il n’y a pas longtemps. Je ne le cache pas. J’ai été harcelé jusqu’à l’adolescence par les psychologues, les assistantes sociales, les juges des enfants. C’était une horreur. Je suis abandonné. Les voisins préviennent et, par miracle, j’atterris à la DASS. J’ai une super famille d’accueil. On met un gamin dans de bonnes dispositions. Sauf que, sans arrêt, tu mets à ce gamin des piqûres de malheur, en lui disant : «attention, tu ne fais pas partie de cette famille»… C’est horrible. Tu as une épée de Damoclès sans arrêt au-dessus de la tête et tu ne sais pas quand elle va tomber. Ma mère m’a dit : «si un jour ils viennent te reprendre, on fugue tous les deux». Je me suis rapproché à cette phrase toute mon enfance, toutes ces nuits où je n’étais pas bien, en sueur, les dents qui claquent. Personne ne peut imaginer le bien qu’a pu me faire cette phrase dans la souffrance psychologique dans laquelle j’étais.» Il confie également que le rugby aura été pour lui quelque chose de salvateur, oublie les tracas du quotidien, le mercredi et le samedi, c’était une autre personne. « Le rugby c’était mon ballon d’oxygène. Ce qui m’a permis finalement d’être équilibré. Ce fut la révélation. Tout de suite, je me suis senti bien. On ne m’a jamais posé de questions sur mon nom. J’étais un petit garçon comme les autres. C’était les copains, les goûters, les odeurs du vestiaire. Dans mon enfance, ça a toujours été une parenthèse d’apaisement. Je laissais les problèmes à la maison. Il n’y avait pas de psychologues, d’assistantes sociales, de juges des enfants qui viennent faire un topo sur moi. Toute cette tension disparaissait le mercredi et le samedi. »

2013, pas seulement l’année du capitaine

« C’est le moment où j’ai compris qu’il fallait que je me soigne, que la blessure ne s’était jamais vraiment refermée. Tout va bien, je suis capitaine du XV de France. Et, du jour au lendemain, avec ma grave blessure, tout redescend. Je n’étais pas venu à bout des démons qui me rongeaient. J’ai fait une dépression. Et je suis devenu fou. Il n’y a pas d’autres mots. D’un coup, j’ai eu envie de tout arrêter. Je m’en prenais plein la gueule depuis que j’étais né et j’avais besoin de me reposer. Je suis tellement épuisé que je n’ai qu’une envie : dormir pour de bon, ne jamais me réveiller. Je ne peux plus aller plus loin, je n’ai plus envie de me battre. Je m’entame les poignets et plutôt bien. Je m’étais toujours demandé «mais comment quelqu’un peut se suicider ?» Je ne me le dis plus. Tu atteins un état où tu ne peux pas te contrôler. La deuxième fois, je prends les cachets parce que je ne peux plus souffrir, je n’accepte plus. Je suis devenu insomniaque. Ma tête est pleine. Et j’ai tellement besoin de dormir. Alors je décide de dormir une fois pur toute. Qu’on ne me casse plus les couilles. J’aspire juste à être paisible. Dans un état second, j’appelle ma femme pour lui dire adieu. Pour entendre une dernière fois sa voix. Lui dire que ça y est, j’ai décidé de partir. Et là elle appelle ma mère qui, ce soir-là, n’a pas éteint son téléphone alors qu’elle le fait chaque soir… On me réanime et je m’aperçois à quel point je suis égoïste. J’ai trois enfants et à aucun moment, dans ma connerie, je n’ai pensé à eux. Mais pour moi, à ce moment-là, la solution était claire. On me met en clinique psychiatrique. Je dors pendant une semaine entière. Puis le déclic. J’ai envie de remonter la pente, de prouver que je ne suis pas mort et, encore mieux, que je vais guérir. Et alors que je n’y étais jamais parvenu, je me mets à écrire. A ma femme, à mes enfants. Pour leur dire que je les aime plus que tout au monde. Qu’ils me manquent terriblement. Il y a enfin une prise de conscience de tous mes sentiments alors que j’avais toujours lutté contre. Quand ma mère m’envoyait un texto «gros bisous mon chéri, je t’aime», je lui répondais «bisous»… Je leur explique pourquoi j’avais si mal. J’ai besoin et envie de tout leur dire, de tout montrer. Il y a enfin une fissure dans ce satané mur. Moi aussi j’ai enfin le droit d’avoir des sentiments, d’aimer. Et de le dire. Je ne m’interdis plus d’être heureux. Je n’y arrivais pas avant. Parce que tous ces gens ne m’avaient pas permis de grandir avec ça. Du moment où j’ai commencé à leur montrer cet amour, à leur dire ce que je ressentais, je me suis senti tellement mieux. Libéré. Enfin en paix avec moi-même. J’accepte ma vie. Elle est ce qu’elle est, mais c’est la mienne. C’est mon histoire. Désormais j’assume tout. Je dis au petit enfant que j’étais, ça y est, on est prêt. Il faut arrêter de se faire mal, de souffrir. »

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