Les supporters : présidents, arbitres, et acteurs !

Si le terme « 16ème homme » revient de plus en plus de la part des entraineurs pour dénoncer l’arbitrage supposément défavorable qu’ils auraient subis, à la base le terme de 16ème homme était la reconnaissance de la part des joueurs pour le soutien que les supporters avaient apportés durant le match.

En effet les supporters français partagent avec leurs joueurs ce tribalisme ont un véritable impact. Les clubs français peuvent se vanter d’avoir les supporters les plus attachés à leur équipe, les plus fervents de la planète rugby avec les irlandais.

Il y a légion d’exemples du fanatisme français. On se souvient que les supporters Toulonnais il y a deux ans, ou les Clermontois il y a trois ans, avaient totalement muselé leurs homologues anglais, poussant même l’insulte jusqu’à chanter la Marseillaise au cœur de la perfide Albion. On citera aussi que l’invasion de Dublin par les Clermontois il y a deux ans, avait valu aux supporters jaunes et bleus le surnom « Yellow Army » par les médias locaux.

À domicile les supporters sont encore plus impressionnants. Chaque club a des stades avec des légions de supporters. A l’exception des clubs parisiens, les gradins sont à 75% remplies, et souvent à 100% vers Mayol et Marcel-Michelin. D’ailleurs c’est sans surprises si selon le site Bleacher Report, véritable touche à tout du sport mondial, Mayol et Marcel-Michelin sont respectivement les 4ème et 1er stade de rugby les plus intimidant au milieu de nombreux stade de légende (http://bleacherreport.com/articles/2033639-ranking-the-10-most-intimidating-stadiums-in-world-rugby).

Car contrairement à certains sports ou certaines régions, le rugby français à des supporters et pas des spectateurs. On explose à Toulon quand la victoire est acquise en lançant les journaux dans le ciel de Mayol, on hurle « ici, ici, c’est » dorénavant dans tout les stades, même quand l’issue du match se complique. Comment ne pas citer cette Marseillaise reprise par le Stade de France, à quelques secondes de l’essai de Gaël Fickou contre l’ennemi anglais.

À Bayonne, les supporters sont le cœur même de l’Aviron, avec une influence énorme sur la direction du club. On se souvient encore des socios et autres représentants de supporters bayonnais qui, lors des pourparlers entre Bayonne et Biarritz en vue d’une potentielle fusion, avaient parlé « d’incompréhension » et même de « choc ». Avant la fin de semaine, le projet était enterré. Sans doute pas une simple coïncidence, plus une preuve de l’énorme influence des supporters français. En parallèle, le club historique des Wasps va déménager hors de Londres, loin de ses supporters, sans aucune action de protestation de leur part.

Nos « fans » sont aussi une énorme source de pression sur les adversaires. Le fameux « Pilou-Pilou », véritable« haka » à la sauce toulonnaise ne laisse jamais indifférent.

D’une manière quelque peu différente, la majestueuse Peña Baiona reprise par tout Jean-Dauger sert aussi de rappel aux visiteurs que ce soir le 16ème homme bleu et blanc est prêt

Parfois l’intimidation est un peu plus directe. Rory Kockott, hué et sifflé par tout Mayol l’an dernier pour cette fameuse histoire de précontrat non respecté, peut en témoigner. Les buteurs en général sont les victimes de la furia des supporters – une habitude dans de nombreux stades (Stade des Alpes, Ernest-Wallon, et la liste est longue). Même Clermont qui truste les prix pour son public, a connu des débordements lors des sulfureux ASM-RCT. Delon Armitage en avait payé le prix fort à cause de son geste déplacé lors de la finale européenne de l’an passé.

Lors de un de ces « clasicos » du Top14, Mourad Boudgellal avait notamment déclaré, de façon assez vulgaire, que son équipe avait été lésée par un « arbitrage maison ». Une déclaration qui lui avait valu une suspension de stade de 130 jours, mais qui souligne un sentiment partagé par de nombreux observateurs du top14 : les dés sont pipés à cause de l’arbitrage.

En effet, comment rester complètement objectif quand 15000 supporters vont arbitrer depuis leur siège ? Évidemment nos arbitres sont intègres, mais indéniablement, avec la complexité croissante des règles, les hommes au sifflet lors des situations ambigües vont très souvent favoriser l’équipe locale. D’après une étude de Harvard menée par Ryan Boyko, l’influence du stade est subconsciente. Ce qui confirme une étude précédente de l’université de Wolverhampton qui avait conclu, après avoir testée des arbitres sur des vidéos de matchs de football avec et sans son, que ces derniers sifflaient 15% moins contre l’équipe local avec le son de la foule que sans. Le 16ème homme entraine avec lui un 17ème homme.

 

Suite de l’article la semaine prochaine avec les spécificités du Top14 : calendrier, stratégie et psychologie…

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