Le Top 14, un championnat de forteresses ?

Un championnat de bunkers?

On ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer, mais les chances de victoires à l’extérieur sont maigres. Avec seulement 19% de victoire à l’extérieur cette saison (15% l’an dernier), le Top14 fait figure de mauvais élève par rapport à la Premiership anglaise et ses 36%, ou le 25% du Super Rugby. Enquête sur un championnat de forteresses.

Première partie : La France, le rugby et les clochers.

Quand on interroge l’ex international Anglais Joe Worsley, aujourd’hui entraineur de la défense bordelaise sur le sujet, il est frappé par « l’exaspérante habitude de vouloir mourir pour la cause lors d’un match à domicile et de délaisser les rencontres à l’extérieur ».

En tout logique, impossible d’être en désaccord. Tous les matchs valent le même nombre de points qu’ils soient à 5 ou à 200 kilomètres de la maison mère. Mais la réponse à tout de même sa propre logique, qui explique l’incompréhension des observateurs Anglo-Saxons.

Le problème remonte à la création même du rugby, dans le terrain boueux du 19ème siècle qui fut témoin de la légendaire course balle en main de William Webb Ellis. Au delà de la légende, le « rugby football » se développe principalement dans les universités Britanniques, d’où la popularité de ce sport parmi les élites de la nation britannique. Pendant longtemps les jeunes anglais jouaient avant tout avec leur école, puis université. Aujourd’hui avec la professionnalisation deux systèmes existent en parallèle avec de nombreux jeunes qui jouent à la fois avec un club et leur école.

Ce système de transmission de rugby par les écoles vit encore en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande, où les écoles exposent fièrement les photos de leurs Springboks et de leurs All-Blacks. Les clubs n’existent quasiment pas, et cela même au plus haut niveau professionnel (le Super 15), où ces derniers sont remplacés par un système de franchises.

Initialement le rugby français prend la même voie. Grâce à des contacts avec des universitaires d’outre-manche, Le Havre, puis Paris (avec le Stade Français créé en 1883) lancent le mouvement. Les universités bordelaises suivent. C’est dans cette région du Sud-Ouest, que le rugby français trouve son vrai nid. Des 23 clubs formés entre 1900 et 1905, 14 se placent entre Bordeaux et Perpignan. Là où en Angleterre les universités soutenaient le rugby, le rugby français a préféré les petits clubs du terroir, le sud rural. Là où les anglais on fait du rugby un sport universitaire, et donc élitiste, le rugby français est avant tout un sport à la fois rural et populaire.

Le terme « rugby de clochers » vient alors à l’esprit. Cet expression, chérie des commentateurs télé, symbolise ce Sud-Ouest attaché à ses valeurs, prêt à défendre l’honneur du village contre les voisins tarbais, montois, bayonnais, agenais, etc…

Si l’hégémonie contestée du Sud-ouest et la professionnalisation du Rugby en 1995 a quelque peu mis à mal cette image, il reste encore ces rivalités ancestrales entre voisins (Bayonne et Biarritz ne sont qu’à 5 kilomètres, Oyonnax, Lyon, et Grenoble tiennent dans un mouchoir de poche), qui ajoutent une pression supplémentaire énorme sur les joueurs. On se souvient notamment d’un A’men’donné avec Arnaud Héguy et Aretz Iguiniz sur le mécontentement des supporters à la suite d’un derby basque nul dans tous les sens du terme.

Worsley a donc vu juste en parlant de « mourir pour la cause ». Il y a côté guerrier presque ancestral quand la patrie est en danger qui ressurgit. On pourrait citer Aurélien Rougerie, figure de proue de l’ASM, auvergnat de naissance ou Aretz Iguiniz, le fidèle pilier Bayonnais, parmi les restes de ce rugby de clochers.

Suite de l’article la semaine prochaine avec l’impact des supporters sur les rencontres…

Crédit article: François Valentin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *