« Le rugby, ça commence à me gonfler »

Au départ, il y a juste un simple échange de mails après un énième papier sur Marc Lièvremont et sa troupe. Sans doute fatigué par un Afrique du Sud – Australie livé après une nuit trop courte et la14e place du RC Lens en Ligue 2, mon chef de service craque.  «J’en ai marre. Du rugby. Enfin surtout de tous ces types qui m’attaquent à chaque fois que je dis que c’est juste un sport.» Je le comprends. Comme ce blog a aussi pour vocation de donner la parole aux opprimés de l’ovalie, je lui cède le clavier pour expurger toute cette rancœur accumulée contre ce sport qui prétend être plus qu’un sport.  Il force un peu le trait, mais n’est pas loin d’être dans le vrai.

«Je ne sais pas pour vous, mais moi, le rugby, ça commence sérieusement à me gonfler. Ah non, pas le rugby en fait: mais tout ce qu’il y autour, comment les gens en parlent… Cette façon d’en faire le sport parfait. «Ecole du rugby, école de la vie». «Le football est un sport de gentleman pratiqué par des voyous. Le rugby est un sport de voyous pratiqué par des gentlemen». Et surtout, surtout! «Les valeurs de l’ovalie»…  Je l’avoue, je n’ai jamais joué à ce sport, je n’ai jamais supporté aucun club et pire: je ne suis ni de Clermont, ni de Toulouse, ni de Perpignan. N’empêche, j’étais devant ma télé pour la ½ contre les Boks en 95, et même pour le titre européen de Brive en 1997.

«Les valeurs de l’ovalie», donc. Une fois sur deux, quand on sort cette phrase qui n’a aucun sens, c’est par opposition au foot. Un sport pourri par l’argent, pratiqué par des écervelés, où on se roule par terre au premier contact. Vilain, pas bien. Dans le rugby, c’est bien connu, il n’y a pas d’argent. Mouais.  Dans le rugby, c’est bien connu, il n’y a que des prix Nobel. Hum. Dans le rugby, c’est bien connu, tricher est le pêché ultime. Bof. Cette semaine, c’est Jean-Pierre Elissalde qui a le mieux parlé de ça: «Pour le rugby, le foot est en même temps l’enfer et le paradis». Bizarrement, j’entends rarement les footeux baver sur les rugbymen. Sûrement parce qu’eux ont fait le deuil depuis longtemps au lieu de s’accrocher à une nostalgie.

> Notre confrère du Figaro David Reyrat n’est pas du tout de cet avis.
«Les valeurs de l’ovalie», donc. Elles sont tellement convaincantes pour le monde entier qu’à haut niveau, il y a huit pays qui jouent correctement, à tout péter. Pourquoi? J’en savais trop rien jusqu’à dimanche matin. Au bout d’une discussion sans queue ni tête, un ancien pilier me balance dans les commentaires: «Alors, si vous assumez le fait de ne rien y comprendre, contentez vous du factuel et épargnez nous vos commentaires sur ce match en particulier et l’avenir du rugby en général». Typique: Je n’ai pas mon permis d’ovalie, je suis censé la fermer. Consanguin? Peut être. Elitiste? Très certainement. Excluant? Sans aucun doute.

«Les valeurs de l’ovalie», donc. Vu de loin: l’entraide, le combat en commun, le respect de l’adversaire, l’amour du maillot. Vu de près: l’esprit de clocher, la violence gratuite, le vomi de la 3e mi-temps, les chansons paillardes. Mais tout ça emballé dans une littérature de roman de gare. Moralité, dans le foot, on se tape dessus, mais dans le rugby, on s’envoie des châtaignes. Ca fait moins peur à la mère de famille au moment d’envoyer son gamin goûter aux «valeurs de l’ovalie».

Mais moi, ça me gonfle.»

 

Source : 20 minutes

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