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Le long déclin du Stade Toulousain

Si Toulouse n’est évidemment pas en ProD2 comme d’autres grands noms de notre histoire rugbystique récente (Biarritz, Perpignan, Agen), le Stade est tout de même rentré dans le rang. Pendant longtemps l’acteur principal sur la scène française et européenne, Toulouse est dorénavant un figurant. Comment en environ cinq ans le Stade a-t-il tout perdu ?

La fin d’une identité de jeu

« Jeu de mains, jeu de Toulousains ». Qui ne connaît pas ce fameux adage rugbystique réutilisé à toutes les sauces. Car pendant longtemps Toulouse était plus qu’une institution, c’était aussi un idéal dans le jeu de mouvement. Une sorte de relique du French Flair, déjà bien endommagé par le professionnalisme et la rigueur défensive imposée par Bernard Laporte aux Bleus.

Pas toujours la meilleure attaque au niveau comptable, Toulouse restait toujours loin de la moyenne. Or depuis la saison 2008-2009 la tendance semble indiquer que Toulouse sur le plan offensif est de plus en plus dans la moyenne. La saison dernière Toulouse a inscrit seulement 5 essais de plus que la moyenne contre 35 en 2007-2008. On notera par ailleurs que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le nombre d’essais en Top14 reste plutôt stable

Mais au delà des réalités statistiques, les supporters Toulousains ont bien remarqué que Toulouse avait perdu son jeu alléchant, ou du moins sa régularité sur le plan offensif. Et c’est le cas depuis environ trois ou quatre saisons déjà. Toulouse entre 2010 et 2012 se spécialisait dans les victoires arrachées dans le Money time, lors de match au contenu assez pauvre. Lors de la saison 2011-2012, Toulouse était premier égalité avec Clermont, avec 100 points de moins à la différence de points, ce qui prouve qu’il arrivait à Toulouse de gagner de très courte marge bien plus souvent que son rival jaune et bleu.

La saison dernière sur le plan du jeu fut bien éprouvante. En l’absence de Luke McAlister, aussi souvent génial que blessé, le jeu Toulousain perd indéniablement de son tranchant. Auparavant, Toulouse n’avait jamais vraiment eu une telle dépendance sur un joueur. Évidemment les Pelous, Jauzion, Heymans avaient leur importance, mais Toulouse pouvait se permettre de les remplacer sans que le rendement ne baisse de façon trop brutale.

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La perte de la domination de son paquet d’avant

On dit souvent que si les arrières font le score, les avants choisissent le vainqueur. Durant la période qui a immédiatement suivi ou précédé la dernière coupe du monde, le Stade avait déjà quelques problèmes dans son jeu (la fameuse « McAlister dépendance »), mais un paquet d’avants terrifiant. Il suffit de se remémorer de la finale 2012 avec la mêlée toulousaine qui avait anéanti son homologue varoise, certes amputée de Carl Hayman, dans un match … sans essais. Quand Yannick Bru rejoignit les Bleus à plein temps, il était sans doute le meilleur entraineur de rugby à 8.

Aujourd’hui la conquête toulousaine est elle aussi rentrée dans le rang. Mis à mal, notamment en début de saison, la mêlée est même devenu le talon d’achille des rouges et noirs durant quelques journées. Signe d’une fin de règne, le Midi Olympique n’a placé qu’un seul joueur de première ligne toulousain, Census Johnston, dans ses Tops 5 aux postes de talonneurs, piliers gauche et piliers droits pour la saison 2013-2014. On en comptait trois en 2009-2010. La touche a aussi été une catastrophe récurrente lors des trois dernières saisons.  Que de ballons perdus par Tolofua, Ralepelle, etc … Depuis le départ de William Servat, Guy Novès cherche encore une solution dans ce domaine-là. L’arrivée d’Imanol Harinordoquy et de Corey Flynn a quelque peu arrangé le système, et il était temps tellement ce secteur était devenu un poids.

La fin d’une génération dorée

En effet la source des échecs, en conquête ou dans l’animation, est intimement liée avec le départ de beaucoup de joueurs clés. Servat évidemment pour la précision chirurgicale de ses lancers, ainsi que son apport en mêlée. Jean-Baptiste Poux ainsi que Dan Humaan calaient le monstre à seize pattes. Les blessures récurrentes de Thierry Dusautoir n’ont pas aidé pour guider le bateau tanguant. Derrière Jean-Baptiste Elissalde et Byron Kelleher étaient d’une fiabilité bien supérieur à Jean-Marc Doussain. Au centre, Yannick Jauzion soutenait le numéro 10 et le trident Clerc-Heymans-Poitrenaud était de loin le meilleur en France.

Contrairement à aujourd’hui, le numéro 10 n’avait pas pour but de sublimer le jeu. David Skrela et Lionel Beauxis avaient avant tout la réputation d’être de gros buteurs et des gestionnaires. Aujourd’hui le stade semble être devenu dépendant de son ouvreur fétiche, McAlister, pour faire la différence en attaque, signe que les cadres n’ont pas encore été remplacés.

Puis on ne peut ignorer qu’il y’a eu des changements sur le banc qui coïncide avec les baisses de niveau du Stade. Le départ de Philippe Rougé-Thomas en 2010 qui, malgré une dernière saison un peu décevante au niveau statistique (« seulement » 53 essais), avait conduit le Stade à des statistiques de folies sur le plan offensif par le passé. Le nombre d’essais moyen avec ce denier est supérieur de 5 essais à celui de Elissalde, son remplaçant, alors que le nombre d’essais moyens en Top14 a augmenté de deux essais sur la même période.

De même le départ de Yannick Bru semble avoir fait mal. Servat, qui le remplace depuis 2012, semble avoir un impact inférieur que son prédécesseur. Son « élève » au poste de talonneur Cristopher Tolofua a presque stagné sur la période, alors qu’il était en équipe de France durant la tournée d’été en … 2012.

Ce pourrait très bien être des coïncidences, mais toujours est-il qu’elles resteraient tout dérangeantes.

Les bouts de bois qui cachaient la forêt.

Il y’a déjà trois ou quatre ans beaucoup de supporters adverses prenaient plaisir à agiter le chiffon rouge d’un déclin toulousain devant les supporters de la ville rose. Or à l’époque, ces derniers, avaient des Brennus, des Hcup couronnant leur saison. Parler de déclin devenait alors une tâche assez compliquée puisque sur le papier ce déclin était difficile à justifier. Toujours est-il que le Stade était déjà moins souverain et que ces titres n’ont pas forcément permi une remise en question.

Aujourd’hui Toulouse est clairement derrière ses rivaux. Actuellement 10 points derrière le trio de tête, Toulouse reste 5ème au classement. Rien de trop déshonorable. Sauf que en dix ans les rouges et noir n’ont jamais fait moins bien qu’une quatrième place, et encore l’écart avec le premier a toujours était moins conséquent. Eliminé de la coupe d’Europe sans même jouer les quarts de finale pour la deuxième fois en trois ans, Guy Novés a livré une interview clé dans laquelle il semble refuser une remise en cause.

« C’est vrai que Clermont est devant mais je voudrais simplement rappeler que Clermont n’a gagné qu’un titre en huit ou neuf ans. Toulon revient de Pro D2 et n’a gagné que trois titres, » a déclaré le coach toulousain. Lorsqu’on lui demande si le Stade est rentré dans le rang, Novés répond : « Je ne pense pas qu’il faille être aussi sévère. Qu’est-ce qui fait la différence entre une qualification et une élimination ? Ce n’est pas cinq ou six matchs perdus. Comme Bath ou les Saracens, nous n’avons perdu que deux matchs. Vous voyez, cela ne se joue à vraiment pas grand-chose. »

SI l’analyse de Novés sur sa petite élimination n’est pas forcément fausse, les supporters auraient appréciés une analyse un peu plus autocritique. Toutefois il est évident que si Novés joue un rôle de protecteur du groupe vis-à-vis de la presse et du monde extérieur, cela n’exclue pas la possibilité qu’en interne le message soit très différent et on le souhaite.

Parce que si le sportif n’a pas toujours été au niveau, que dire du management du club. Sans plus d’informations sur la récente crise de pouvoir au niveau du bureau des dirigeants, impossible de comprendre ce qu’il s’y passe vraiment. Malgré cela on ne peut nier que cette crise est un symptôme des faiblesses au plus haut niveau du club. Le Stade est le plus gros budget du Top14, mais sa place est loin de le refléter

 

Le recrutement

 

Au niveau du recrutement ce n’est guère plus brillant. Si le recrutement de 2009-2010 fut particulièrement bon (avec Johnston, Picamoles, Maestri, David), les autres saison furent, avec quelques exceptions, très mauvaises sur ce plan là.

 

Les recrues par saison

2010-2011

Pierre-Gilles Lakafia (une saison, échec), Sylvain Nicolas (3, échec), Nicolas Vergallo (2, plutôt échec)

2011-2012

Lionel Beauxis  (3, moyen), Luke Burgess (2, plutôt échec), Luke McAlister (4, succès), Timoci Matanavu (4, plutôt succès), Guthrö Steenkamp (4, plutôt succès), Gary Botha (2, plutôt échec)

2012-2013

Gaël Fickou (3, succès), Antoine Guillamon (1, échec), Yoann Huget (3, succès), Vasil Kakovin (3, plutôt succès)

2013-2014

 

Chiliboy Ralepelle (1, plutôt échec), Martens van der Heever (2, échec), Schalk Ferreira (1, plutôt succès), Iosefa Tekori (2, plutôt succès), Yacouba Camara (2, plutôt succès), Akapusi Qera (1, succès), Jano Vermaak (2, plutôt échec), Jean-Pascal Barraque (1, échec), Hosea Gear (1, plutôt succès.)

Dans cette liste on compte énormément d’échecs (10), pour à peine plus de succès (11). Si on ne peut évidemment pas anticiper l’avenir, beaucoup de ses rivaux ont su s’armer de façon plus intelligente. Clermont atteint 33% « d’échecs » parmi ses recrues, et Toulon 45%. Toujours est-il que Toulon arrive à se débarrasser très vite de joueurs encombrant, capacité que le Stade n’a pas.

La montée en puissance des rivaux

Car pendant que Toulouse gagnait ses titres de champions de France, ses rivaux s’armaient. Clermont et Toulouse sont dorénavant, sans aucun doute, les locomotives du rugby français et européen. Le Racing, Montpellier et le Stade Français ont suivi dans la course à l’armement. Castres a réussi à aligner une équipe compétitive pendant quelques saisons. Bordeaux et Grenoble semblent vouloir leur part du gâteau. La compétition pour les 6 premières places n’a jamais semblé aussi rude.

En bas du classement, les « petits » n’ont jamais été aussi compétitifs. Chaque équipe a dorénavant les moyens d’aligner une équipe première très compétitive, et de scalper tout le mode à domicile. Ce qui resserre inévitablement le championnat. Le maintien s’est joué à plus de 50 points l’an dernier ! Le Stade ne peut plus se balader en championnat comme il pouvait le faire par le passé.

Pour autant le Stade Toulousain est-il vraiment en déclin ? L’équipe d’aujourd’hui n’est-elle pas tactiquement et techniquement supérieure à celle de 2005 ? En effet, dire que cette équipe a baissé de niveau est tout à fait faux. Le rugby a tellement évolué depuis que aujourd’hui Toulouse a probablement la meilleure équipe de son histoire. Mais en sport on ne se compare pas avec son histoire, mais avec ses rivaux. Si parler de déclin est alors ridicule, parler de déclin relatif est tout à fait approprié. Toulouse n’a pas suivi les grosses locomotives assez vite et en paye aujourd’hui les conséquences.

Conclusion

 

Le Stade a donc logiquement perdu son hégémonie comme d’autres grandes équipes avant elles (le Stade Français, Lourdes, Bézier, etc…). Pour autant cette perte d’hégémonie n’est pas forcément rédhibitoire. La chance du ST aujourd’hui reste qu’il n’y a pas encore un système unipolaire en France avec une équipe bien au dessus des autres, comme la Nouvelle Zélande au niveau international, puisque malgré les titres, Toulon reste au même niveau que les parisiens et les auvergnats. On pourrait tout à fait imaginer d’ici un ou deux ans le retour de Toulouse au niveau de puissance de premier plan. Le challenge va être de savoir apprendre de ses erreurs tout en redéfinissant une identité de jeu.

 

François Valentin

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