La perversion du système : calendrier, stratégie et psychologie


Avec les facteurs listés les semaines précédentes gagner à domicile devient plus facile, engendrant des stratégies adaptées à cette difficulté. En effet il devient alors impératif de gagner chez soi, à cause des avantages listés.

Clermont, par exemple, possédait cette pression supplémentaire à chaque victoire à domicile durant leur exceptionnelle série d’invincibilité entre novembre 2009 et juin 2014. Car plus on se sent fort sur ses bases, plus le contrecoup d’une défaite devant ses supporters devient lourd. On se souvient de la défaite de Toulouse contre Clermont plus tôt cette saison qui avait enfoncé le Stade dans une spirale négative et au fond du classement par la même occasion. Le LOU, qui était invaincu depuis un an et demi à Mathon, risque de voir ses ambitions s’envoler après sa lourde défaite face à ses mêmes Toulousains. Éviter de tels traumatismes est en fait une source de motivation supplémentaire.

Toutefois on ne peut ignorer que dans ces séries de victoires, toutes les équipes ne sont pas venues avec de grandes ambitions, volontairement parfois. Les abonnés Toulonnais, Clermontois, Toulousains, sont sans doute les meilleurs connaisseurs des futurs talents du Top14, à force de voir de nombreux clubs envoyer leur jeune garde se faire massacrer. Le Stade Français n’a pas hésité à envoyer la réserve à Oyonnax (Matthieu Ugena, Sylvain Nicolas, et Raphaël Lakafia, par exemple, sont tous numéro 2 ou 3 dans la hiérarchie de leur poste). Le résultat sec, 33-6 pour les locaux, illustre comment certains clubs, en profitant de la réputation de leur stade, enchaînent les bons résultats à la maison.

Pour autant, comment critiquer les clubs qui font des grands turnovers? Les saisons sont longues et les risques de blessures grandes. Les coaches doivent savoir sacrifier des matchs pour gagner ceux qui comptent.

En parallèle, un autre phénomène a lieu entre les cadors du championnat. Depuis deux ou trois ans, Clermont, Toulon, et à une époque Toulouse, forcés par les joies du calendrier rugbystique, ont développés un politique de rotation, permettant d’économiser des joueurs pour des rencontres plus faciles. D’où une sorte de « pacte de non-agression » tacite. L’an dernier Clermont avait envoyé une équipe « b » à Toulon, et vice-versa. On se souvient aussi de la polémique d’il y a deux ans, lorsque après une belle série de victoires, Bernard Laporte avait donné une semaine de « vacances » à de nombreux cadres avant Toulouse-Toulon. Hors l’exception de la victoire de Clermont à Toulouse cette saison, cette stratégie est faite pour durer, puisqu’il n’y a pas d’avantages véritables à être premier plutôt que second, troisième plutôt que quatrième, etc…


Plus bas dans le classement on observe un phénomène un peu différent. Depuis quelques saisons le niveau s’est considérablement homogénéiser. Toutes les équipes de Top14 ont au moins un XV très compétitif, capable de scalper n’importe quel gros. Il y a six ans de cela, les visiteurs carburaient à 25 % de victoire. Mais les gros bras de l’époque (Toulouse, Stade Français et Clermont) atteignaient 50%, contre 30% l’an dernier pour Toulouse, Toulon et Clermont

En effet de plus en plus d’équipes pour se maintenir choisissent de transformer leur stade en forteresses inviolées. Grenoble depuis deux ans a choisit la stratégie « écureuil » qui consiste à accumuler des points à la maison durant le début de saison, avant de s’endormir, en espérant que les réserves suffisent. En 2012-2013 Grenoble avait réussi à se maintenir dès Janvier grâce à 11 victoires à la maison, avant d’engranger qu’une quinzaine de points durant le restant de la saison. Cette saison les promus ne se sont qu’inclinés qu’une seule fois à la maison, et Grenoble, ainsi que Bordeaux, reste invaincus.

Il reste un dernier effet pervers de la « bunkerisation » du Top14. Les équipes incapables de gagner loin de leurs bases (il en reste sept !), donnent aussi souvent des fessées à leurs visiteurs. La Rochelle, par exemple, a écrasé 37-25 le Stade Toulousain et 41-16 le Castres Olympique. Et les exemples sont légions. Il y a un effet boule de neige, puisque chaque défaite à l’extérieur augmente la motivation de garder ses terres inviolées, et la semaine suivante, les nouveaux perdants, honteux et confus, jurent, mais un peu tard, qu’on ne les prendrait plus et punissent leurs visiteurs la semaine prochaine, et ainsi de suite.

Il existe donc une multitude de causes rationnelles et culturelles derrière ce 20% de victoires à l’extérieur. Certaines sont liées à la motivation de chaque équipe, et d’autres à l’effet domino de ne pas vouloir perdre à domicile. Et puis il faut aussi se rendre compte que de nos jours la possibilité de voir un Mont-de-Marsan, ou un Dax, se faire maltraiter au fond du classement s’est rétrécie à cause de l’homogénéisation du Top14.

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