Cet international Français dénonce les dérives du rugby professionnel Français

Vous vous souvenez très certainement d’un certain Guillaume Boussès, ancien trois-quarts centre international Français (1 sélection) passé par Toulouse, Biarritz, Bourgoin, le Stade-Français, le Racing 92 et Oyonnax.

En juin 2016, ce-dernier décide de quitter subitement le monde du rugby professionnel pour se rendre à Genève afin d’entraîner un petit club Suisse.

Interrogé par un média Suisse, Guillaume Boussès n’a pas hésité à pousser un coup de gueule au sujet du rugby professionnel Français. Il estime que les joueurs sont considérés comme des mouchoirs. Extrait:

« C’était un choix de vie, une manière de dire que j’en avais marre de la manière dont le rugby évolue. De la relation avec les entraîneurs. Le joueur est vraiment considéré comme un mouchoir. On te prend, on t’utilise, on t’essore bien et quand tu n’as plus rien à offrir, on ne te connaît plus. Lorsque j’ai fait mes débuts dans le rugby de haut niveau, beaucoup de jeunes étaient encore étudiants et les anciens étaient des pluriactifs, travail le matin, entraînement l’après-midi. Aujourd’hui, le joueur de rugby a perdu le pied dans l’entreprise. Tous ceux qui n’ont pas 50 capes en équipe de France, je ne sais pas ce qu’ils vont devenir. Ils n’ont pas gagné suffisamment pour être rentiers, ils n’ont pas un nom pour faire consultants à la télé, ils ne sont pas restés suffisamment longtemps dans un club pour y nouer des liens avec le tissu local. »

Il précise également que certains joueurs, pour répondre aux critères des coaches, n’hésitent pas à prendre des produits parfois illégaux. Extrait:

 » J’ai rêvé de jouer au rugby parce que c’est le jeu que j’aimais quand j’étais gamin dans mon village. Ma mère me courait après pour que je rentre à la maison faire mes devoirs. A cette époque, dans une équipe, on pouvait être gros, on pouvait être élancé, on pouvait être petit, il y avait une place pour chacun. J’ai eu ma sélection en équipe de France mais j’en suis vite parti parce que je ne faisais pas 1m90 pour cent kilos. Je ne représentais pas l’homme-robot dont Bernard Laporte rêvait à l’époque. Pour répondre à ces critères et espérer des rémunérations futures, des jeunes n’hésitent pas à prendre des compléments alimentaires, et peut-être des produits illicites, pour allonger les fibres musculaires. Les produits autorisés ne sont pas tous testés, il en arrive de partout. Il y a aussi toute cette omerta au sujet des chocs, des commotions. »

Quand le journaliste lui demande s’il n’est pas en train de cracher dans la soupe, il répond par la négative. Extrait:

« Je regrette juste que l’on ne montre pas assez la réalité, on surfe sur les valeurs du rugby, l’esprit d’équipe, la convivialité. C’est très bien pour faire des séminaires en entreprises mais quand on est acteur de ce monde-là, quand on creuse, où sont les belles idées, les grands mots? Il y a un vrai décalage. »

Enfin, il retrace son parcours et ne manque pas d’énumérer ses déceptions. Extrait:

« Je suis parti de Toulouse parce que la relation n’était pas nette avec l’entraîneur Guy Novès. La première année, j’ai dix-huit ans, j’apparais régulièrement en équipe première, tout va bien. L’été suivant, mon copain Nicolas Jeanjean et moi ne figurons pas sur la liste des joueurs inscrits pour la Coupe d’Europe. Personne ne le dit mais on sent qu’il faut faire de la place pour Clément Poitrenaud et Frédéric Michalak, qui ont un an de moins. Ce sont d’excellents joueurs et ils ont fait un parcours magnifique mais leur carrière a été boostée et la nôtre freinée. C’est la loi du sport, mais il y a aussi d’autres facteurs, comme les relations personnelles, qui influencent les jugements et les décisions.

A Biarritz, tout allait bien sur le terrain. Par contre cela a toujours été compliqué avec les dirigeants. Chaque année, il fallait renégocier son salaire et, jusqu’à ce que je prenne un agent, j’ai toujours été payé en dessous du prix du marché. Lorsque je me suis blessé au genou, le club a communiqué sur le fait qu’il me prolongeait mais parallèlement baissait mon salaire de 50%.

Au Racing, je suis arrivé dans une équipe un peu particulière, avec des dirigeants particuliers, et ce sentiment qu’il faut être «bankable» pour jouer. Oyonnax, c’était déjà pour sortir en douceur et ne pas finir complètement écœuré par ce monde-là. »

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