CDM : Les nombreux chantiers du XV de France

DÉCRYPTAGE – Les Bleus sont dans la dernière ligne droite avant la Coupe du monde, et pourtant il reste encore des chantiers en suspens.

Désormais on y est presque. L’équipe de France de rugby n’est plus en préparation pour la Coupe du monde, elle a joué son dernier galop d’essai face à l’Écosse le 5 septembre, pour une victoire aussi courte que poussive. À deux semaines de son premier coup d’envoi face à l’Italie, le XV de France avance avec de rares certitudes, en charriant tellement de doutes, en suscitant tant de questions. Il y a 3 ans, Philippe Saint-André avait le temps, il y a deux ans ou un an, ça allait encore.

Mais face à la stagnation et au manque de continuité, c’est avec des chantiers dont le gros œuvre n’est pas terminé que « PSA » embarque vers l’Angleterre. On ne sait toujours pas quelle sera la charnière des Bleus, on connaît à peine la trame du jeu tricolore même si on en devine désormais l’épaisseur, bien mince. Enfin, quatre ans après, on se demande encore qui est le chef de meute, le « Lider Maximo » d’un groupe qui partira littéralement au combat face à des squads surentraînés.

Qui est le capitaine du navire ?

Le 28 juillet 2014, on apprenait l’arrivée de Serge Blanco auprès de l’équipe de France, comme on appelle un médecin au chevet d’un malade, ou un prêtre au chevet d’un mourant. Il faut dire que la France sortait d’une tournée en Australie les joues rougies par deux gifles et une « courte » défaite 6-0 face aux Wallabies. Tout va très bien madame la Marquise. L’arrière légendaire du XV de France arrivait donc dans un rôle que l’on ne définit toujours pas. Saint-André arguait qu’il était bien entendu ravi de sa mise sous tutelle déguisée en renfort.

Mais comment imaginer que l’ancien patron de la Ligue nationale de rugby, à l’influence immense dans l’ovalie hexagonale, allait se contenter d’un simple rôle de conseiller. Cela fait donc plus d’un an que l’on ne sait pas forcément qui commande en équipe de France. Quel poids a Blanco dans le choix des joueurs ? Donne-t-il un avis sur le jeu à développer ? Parle-t-il aux joueurs ? Et si il n’a aucune de ces prérogatives, que fait-il alors ?

Une hiérarchie floue hors du terrain, et un leadership indéfini sur le pré. En effet, on ne sent pas de patron dans le jeu, quelqu’un capable d’être non seulement le relais du coach, mais de prendre des décisions dans le feu de l’action. Thierry Dusautoir, joueur exceptionnel, semble avoir un caractère trop introverti pour être un grognard. Pascal Papé, joueur précieux, n’a peut-être pas le charisme et la gouaille pour remonter des troupes. Pas de Fabien Galthié, pas de Raphaël Ibanez, pas de Fabien Pelous dans cette équipe. Pour les autres, il est difficile de devenir leader lorsqu’on doit se concentrer pour garder ou gagner sa place.

Une charnière indéfinie

Aujourd’hui, très (trop) peu de postes sont finalement attribués. PSA a utilisé (ou usé) 81 joueurs durant son mandat, une large revue d’effectif qui pourtant n’a pas abouti à assurer une stabilité à des postes clés. Et qui dit poste clé dit charnière. Quels seront les 9-10 de la Coupe du monde ? Michalak a l’air de partir en pôle à l’ouverture, sinon il ne serait pas présent. Mais avant cela, il était sorti du groupe et Talés, Plisson ou Lopez ont eu leur chance, sans convaincre mais sans voir non plus la chance d’être testés sur la durée. Au final, Michalak et Talès sont du voyage. Exit François Trinh-Duc, joueur protée mais jamais dans les petits papiers des sélectionneurs.

Le seul regret de Saint-André, et sans doute son choix numéro un, est de ne pas avoir pu prendre Jules Plisson en préparation à cause d’une blessure. Le 10 des Bleus sera donc un joueur sous pression, sans grandes références récentes. Michalak apparaît alors comme un choix presque par défaut, de part son expérience du très haut niveau et son statut de désormais meilleur marqueur de l’histoire des Bleus. Alors avec qui sera-t-il aligné ? Lors des deux derniers matchs, c’est Sébastien Tillous-Borde qui a été le pendant de Michalak, pour un duo toulonnais. Une doublette néanmoinsrarement alignée en club.

Vont-ils débuter face à l’Italie ? Sans doute, quoi que… L’évidence ferait pencher la balance vers Morgan Parra. D’abord pour l’expérience immense du Clermontois, mais aussi pour la complémentarité des deux joueurs. Frédéric Michalak est un vrai joueur de rugby, avec du flair, un sens du jeu et une lecture impeccable, polyvalent sur les deux postes, mais son jeu au pied reste un gros point faible. Morgan Parra est un patron, bon au pied, et lui aussi peut par séquences jouer les ouvreurs. Il est en outre un excellent buteur, habitué à scorer en club.

Un jeu embryonnaire

Allier les deux polyvalences offrirait une charnière hybride capable de s’adapter au jeu, de sortir les ballons plus vite, d’alterner, de donner de la vitesse. Bref, les deux joueurs peuvent, en théorie, insuffler au XV de France ce qu’il n’a pas montrer depuis des temps immémoriaux (à l’heure de l’immédiateté du numérique), du jeu au large, de la vitesse, de la variation. Une ébauche de « French flair » en somme. Car il est là le plus gros chantier de Philippe Saint-André, celui dont il devait être l’architecte avec ses contre-maîtres Yannick Bru et Patrice Lagisquet. À deux semaines du début de l’objectif suprême d’un mandat de sélectionneur, on en est à peine aux fondations.

Certes la critique est facile, mais on rêvait d’autre chose de la part d’un ancien ailier virevoltant, aux 151 points marqués avec l’équipe de France. À ce jour, le XV de France n’a qu’une seule base peu ou proue solide, sa conquête. Depuis un peu plus d’un an, la mêlée tricolore est revenue dans des standards dignes de son statut de cador mondial. Côté touche, c’est encore inconstant mais globalement il y a du mieux. Mais dès que le ballon est en possession des Bleus, ça devint plus compliqué, à commencer par la sortie de regroupements trop lentes, souvent devant des défenses replacées. Il faut alors enchaîner des « pick and go » des avants, sans profondeur, sans vitesse. Et tout fini par un coup de pied ou une perte de balle.

Le constat paraît alarmiste, mais le pire bilan d’un sélectionneur du XV de France ne peut inciter à mieux. Face à l’Angleterre ou l’Écosse, on a retrouvé cette impression que les trois-quarts français ne pouvaient pas éviter un adversaire. Toutes les courses se terminaient par un contact et un écroulement. Peu de fixations, pas d’enchaînements de passes, trop peu de passes après contact. Et encore des erreurs et des fautes de main. On espère bien entendu le mieux lors de la compétition, et on croit plus à des victoires moches et laborieuses qu’à des envolées du type France-Nouvelle-Zélande 1999. Bref, aujourd’hui au niveau du jeu on attend plus l’arrivée de Guy Novés après le Mondial. Pour le reste on veut l’essentiel, la victoire, pour le panache il reste les souvenirs.

Source : RTL

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